Où est raconté l'histoire de J. MAKI voulant devenir définitivement gourou ainsi que d'autres péripéties.

Publié le par H.

J'ose. Et oui. Je vous l'offre. C'est beau. Voici, un roman inachevé. Pas très bon (litote). Mais bon, j'assume. Tout çà a deux ans à peu près. Ecrit en trois jets (de trois-quatres heures à peu près), pour me détendre entre deux révisions, avec un minimum de relecture et de trame générale (Il doit rester la race de fautes d'orthographe) Bref, c'était pour m'amuser. Juste eut le temps de séparer tous ces personnages que l'histoire terminée devait, bien sûr, tous réunir (Splendide). Je pense que seules quelques lignes du chapitre "arlésien" tiennent un peu la route, le reste relève de la farce et de la private joke.Enfin, même si me vous me croirez certainement pas, je précise que seule l'histoire "chinoise" qui semble pourtant la plus farfelue est la seule à être autobiographique.

 

EDIT: MERCI LES COPIER-COLLER SUR OVER-BLOG. TOUTES LES APOSTROPHES SONT TRANSFORMEES EN POINTS D'INTERROGATION...ET JE NE VAIS PAS M'AMUSER A LES CORRIGER EVIDEMMENT. JE NE PARLE MEME PAS DE LA MISE EN PAGE COMPLETEMENT SALOPEE (AVEC UN ACCENT SUR LE PREMIER E)

 

Je complète aujourd'hui avec une présentation visuelle des personnages principaux. Au moment de l'écriture, seul Jack Maki était emprunté à un personnage célébre. Après coup, il me semble cependant possible de mettre quelques têtes connues pour représenter celles que j'ai imaginé. Cela peut donner lieu d'ailleurs à un quizz rigolo [Un bounty pour celui qui les retrouvent tous et qui est capable de me dire ce que signifie un "bounty" dans le monde des joueurs- je suis tranquille]. Cependant, je n'ai pas réussi - et c'est normal - pour le principal personnage féminin. Comme pour la voix de http://victoire.over-blog.org/article-3571271.html, c'est à la fois un idéal et un symbole, donc une immanence.

 

Jack MAKI,... of course.

 

 

Francisco.

 

Stéphane.

 

L'homme du deuxième sous-sol.

 

La patronne.

 

Piotr STEPANOVITCH

 

ELEPHANT  (à droite).

 

 

Tristan T.

 

Pierre DE BEHAINE.

 

La partenaire (à droite)

 

Le Boss (facile si vous lisez l'histoire jusqu'à ce qu'il apparaisse)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'histoire comme ici:

 

 

                                                                          

 

Où est raconté l?histoire de J. MAKI voulant devenir définitivement gourou ainsi que d?autres péripéties.

 

 

 

 

 

           Se réaliser complètement, tel était le rêve - tristement banal pour un être aussi exceptionnel - de Jack MAKI. Il décida donc que son destin serait désormais tracé à la règle : sa ligne serait nette, claire et précise. Jack MAKY déteste les situations ambiguës et son futur ne devait plus l?être car il décida qu?il serait définitivement gourou. De prime abord, le terme de gourou peut apparaître comme un terme connoté. Il appartient typiquement au vocabulaire des personnes méfiantes et a priori hostiles. Le mot de gourou pourrait être ainsi aisément remplacé par ses nombreux substituts sémantiques qui néanmoins demeurent plus ou moins comiques. Mais le choix de ce terme est revendiqué et assumé par J. MAKI lui même. Laissons donc à ce malheureux cette liberté, nombreux étant ceux qui doutent déjà de sa raison ou tout du moins de sa clairvoyance.

            On peut se réjouir du fait que Jack MAKI décida de devenir  définitivement gourou  au bon moment et au bon endroit. On ne saurait accuser le narrateur de faire preuve d?un lyrisme démodé s?il utilise le terme de miracle, car c?est un miracle en effet que lui et moi fussions au même endroit au moment où cette décision fut prise. Cet endroit peut apparaître peu banal mais il a pour moi cette ridicule force de l?évidence : notre rencontre eu lieu dans le petit cimetière du petit village de Hopkins Hollow dans le petit Etat de Rhode Island de ce grand pays que sont les Etats-Unis d?Amérique. J?ai en effet une attirance particulière pour ce lieu que je dévoile cependant rarement devant la difficulté d?obtenir en retour un jugement clairvoyant. Dans le meilleur des cas, une sympathie mi curieuse mi moqueuse m?est accordée : gardien d?un romantisme noir folklorique, je suis un inoffensif et amusant lecteur de Lautréamont. Dans le pire des cas, je suis dépressif, voleur de chat et d?innocence. Mais ceci n?a beaucoup d?importance pour notre histoire même s?il est possible de remarquer que le mieux et le pire se complète finalement assez bien pour former un lieu commun appréciable? et après tout on se rend compte que, paradoxalement, moins la vérité est simple plus le lieu commun se rapproche de la vérité. Quand vous allez en Angleterre, vous constatez avec satisfaction qu?en effet tous les anglais sont moches. La confirmation définitive du cliché s?accompagne parfois d?un sentiment plus confus qui mêle satisfaction intellectuelle devant la vérité confirmée et désagrément de la subir : ainsi un américain qui se fait voler par un français sale et/ ou sournois.  De toute façon, l?expression « la vérité n?est pas simple » est un autre cliché honteux qu?il nous faut écarter au nom d?une honnêteté intellectuelle sans faille. Je me permets seulement pour finir, de vous conseiller quand même l?expression « c?est pas simple » qui permet de clore à bon compte une discussion qui vous ennuie ou vous dépasse.

            En ce lieu du petit cimetière d?Hopkins Hollow, je réfléchissais à des choses sans importances et sans valeurs, à des choses insignifiantes au milieu des tombes verticales, des sapins et des drapeaux américains. Je gravissais lentement- non par flânerie paresseuse mais à cause de mes faiblesses pulmonaires- la colline où étaient plantées les plaques mortuaires pour aller visiter l?église située au sommet. En ce lieu du petit cimetière d?Hopkins Hollow, je me retournais pour contempler le paysage offert par le village boisé en contrebas. J?allumais une clope avec une satisfaction évidente : j?étais heureux de me trouver là. C?était un bonheur simple, un peu idiot, un bonheur qui s?écoulait lentement hors de moi pour se mêler à la pluie naissante - petites phalanges tambourinant sur la peau du c?ur.

C?est alors que je le vis arriver : lui, J. MAKI, le gourou a demi mots, celui qui endoctrine par les voies religieuses légitimes, le demi gourou qui veut devenir définitivement gourou, c?était lui Jack, le curé du village. Je sais que cela peut surprendre mais MAKI est un curé qui ne croie pas en Dieu.

 

J. MAKI reproche principalement à la religion catholique un coté infantilisant relativement agaçant. En effet, quand elle n?était qu?une secte parmi tant d?autres, elle était considérée par beaucoup comme une religion d?esclaves très éloignée de la virilité des Dieux romains. Cependant, quand MAKI dit qu?il ne s?est jamais laissé embobiner, il est pécheur car  c?est un menteur. Jack MAKI est né dans une famille d?origine irlandaise et donc nécessairement croyante selon le lieu commun qui lui est généralement associé.  MAKI fut donc croyant jusqu?à qu?il eu l?age de raison. Généralement situé à 25-30 ans, c?est à dire l?âge auquel tout un chacun est définitivement résigné à vivre l?existence qui l?attend, cette entrée tant attendue eu lieu beaucoup plus tôt pour J. MAKI : à 19 ans il se résigna à ne jamais bénéficier du confortable héritage familial, il maudit le Christ, fut lui même maudit et disparut. La suite est cousue de fil blanc : l?année suivante, la mère mourut de chagrin et le père d?un cancer des poumons. En fait, tout était bien qui commençait bien car pour J. MAKI, unique descendant, l?avantage de ce double décès fut plus que définitif, il fut matériel. La loi de l?Etat de Rhode Island, telle que confirmée par une jurisprudence constante,  interdit en effet de priver le ou les descendant(s) direct(s) de plus de 40 % de l?héritage sur les biens meubles et immeubles non grevés d?hypothèques. Le testament du père MAKI (Justin G. MAKI) qui avait exclu son fils de tout partage fut donc pour partie cassé et à 20 ans J. MAKI disposa d?une somme confortable de 160 000 $ frais d?avocats, d?incinération et de VAT (TVA en français) déduits.

            Jack MAKI avait cependant déjà à cette époque un rapport à la religion que d?aucuns considéreront comme paradoxal. Devenu non croyant, il restait profondément amoureux de l?art religieux. Il savait qu?il ne mettrait plus jamais à genoux devant l?idée du Christ mais qu?il le ferait certainement devant son image. La peinture italienne du quattrocento et cinquocento, hantée par les saints, les miracles et les démons avait toujours le don de le mettre en transe. Sa première dépense sur la peau du père fut naturellement un billet d?avion pour Milan, porte d?entrée à la découverte de tous les chefs d??uvre de cet art. Ce voyage en Italie fut long et on perdit souvent la trace de notre héros. Pourtant, le vieux Giordano, gardien de la Chapelle di Scrovani  à Padoue depuis 26 ans se souvient encore de cet homme :

 

 

 

« J?ai vu beaucoup de gens ébahis par Giotto.  Un jour, une japonaise a même pissé dans sa culotte au moment où elle est rentrée[1].  Mais lui, c?était quelque chose. Il est tombé à genoux. J?ai cru à un malaise. Il gémissait, il pleurait et murmurait c?est terrifiant, c?est terrifiant ».

 

 

 

Les paroles de MAKI ne sont pas claires. Pourquoi « terrifiant » ? L?enfer peint par Giotto lui ferait-il peur ? Veut-il dire terrifiant de beauté ?  Cette incohérence apparente révèle une personne instable, peut être folle à cette période de sa vie. Cet homme doit avoir des démons intérieurs qu?ils cachent et que l?on ignore. J. MAKI est un être qui souffre.

D?ailleurs, il n?y pas que le vieux Giordano qui se souvient de lui, les policiers de Venise en gardent également un souvenir troublant. MAKI fut un temps le principal suspect dans une affaire concernant le vol d'un Carpaccio à l?Academia. Un des gardiens du musée avait signalé la présence d?un « homme sombre, présent tous les jours, un homme qui brusquement courait d?un tableau à un autre pour y rester prostré des heures durant ». Rapidement cependant, les services de police concernés conclurent à l?impossibilité pour un homme seul de voler un tableau de trois mètres sur deux mètres cinquante. La possibilité de réaliser cet exploit même à plusieurs reste à ce jour un mystère non résolu. Personne ne comprit également pourquoi les voleurs n?avaient  pas dérobés des tableaux plus petits mais dont la valeur marchande était supérieure. Si on lève l?hypothèse selon laquelle le voleur est un commerçant qui réalise un acte de commerce (achat quasi-gratuit[2] pour revente avec grosse marge), on peut concevoir un vol moins rationnel et donc plus poétique. Ce dernier emprunterait les mêmes voies que le vol dans un Monoprix. Le Carpaccio n?est un bien de première nécessité mais sa possession sans bourse déliée constitue une perspective agréable. En prime, on s?offre un léger froissement de c?ur au moment de l?acte de vol lié à la satisfaction  d?être conscient de céder à une pulsion absurde. C?est un peu une revanche sur la vie. Cette dernière est effroyable car on ne cède pas à son absurdité, on est écrasé par elle. Ici, au contraire, l?absurdité est douce, presque infantile et surtout sans conséquence. Finalement on en sort gagnant car légèrement coupable.

            En ce lieu du petit cimetière de Hopkins Hollow, octobre tombe et tout est dévoré : les couleurs, les chairs, les épitaphes. Tout tombe quand lui seul monte : Jack MAKI vient fermer l?église. Ce sera le dernière fois car il a décidé de devenir définitivement gourou et ça ca va tout changer.     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trio urbain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est temps désormais d?introduire le deuxième personnage de cette histoire. Au nom d?une honnêteté intellectuelle sans faille déjà énoncée, il faut préciser immédiatement qu?il s?agit peut être du moins complexe de ce récit presque vrai car, psychologiquement, c?est un être que l?on attrape facilement. Encore jeune, Clémence est une femme heureuse bien que désespérée par ce qui l?entoure. Il est d?ailleurs probable que le sentiment d?échapper  à cette débâcle généralisée joue un rôle important dans le dépassement de ce paradoxe apparent. N?ayant pas encore atteint l?âge de raison, Clémence se trouve dans la période qui généralement le précède : l?âge de prostitution. La nécessité d?accumuler lentement un capital par le biais d?un travail bien rémunéré lui a ainsi fait choisir la voie d?études longues et ennuyeuses. Y réussir n?était pas très difficile, il fallait juste accepter de très longs moments de désespoir. Rapidement d?ailleurs, Clémence put trier dans l?ivraie, les grains encore comestibles des grains vraiment dangereux. Ce palliatif la reteint trois ans avant qu?elle ne se rende compte que l?infime écart entre quelque chose d?inintéressant et quelque chose de  vraiment inintéressant n?avait évidemment aucun sens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais le pire n?est jamais ni dans les mots ni dans le sens, il est dans les gens, immonde masse huileuse que seul un mot aussi laid peut contenir. Comme tout le monde, Clémence répète souvent cette phrase éculée : « Les gens sont cons ». D?après elle, les gens qui l?entoure pourrait rendre dépressif n?importe qui d?à peu près sensé, c?est à dire personne. Certes, Clémence est une femme légèrement (moyennement) arrogante, parfois pédante mais c?est surtout une femme spirituelle entourée d?imbéciles. Elle a d?ailleurs à ce sujet un gimmick  qu?elle termine généralement par un petit sourire méchant et satisfait. Ce gimmick, c?est « travail, famille, patrie » déjà détourné de sa signification particulière à de nombreuses reprises par de nombreuses personnes. Le détournement clémencien est le suivant : «  leur travail sont les heures laborieuses à recopier comme des moines et à photocopier comme des cons, leur famille sont les Professeurs dont les fesses de vieillards sont toujours rafraîchies par des langues bienveillantes, et leur patrie la satisfaction d?être des professionnels, des pros, des mecs bons. Entre le petit garçon déguisé en Batman et l?étudiant déguisé en pro, il y a cette même satisfaction puérile de parader. Mauvais acteurs, ils surjouent avec une satisfaction  irritante. Enfin, cela a quand même l?avantage de les rendre profondément comiques ». La fin du couplet et la métaphore sont de Francisco, l?ami de toujours : « Encore inoffensifs, ces petits reptiles se préparent cependant à étouffer et à dominer. Bientôt, ils seront vraiment dangereux et le temps de la rigolade sera terminé car cette fois ci, il faudra fuir. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Mais l?essentiel est sûrement ailleurs que dans ce quotidien et cette haine à laquelle Clémence n?a jamais sincèrement cru. En fait, cette femme me fait penser aux Guermantes et plus précisément à l?esprit Guermantes qui, quantitativement, est peut être l?un des thèmes les plus important de  la Recherche du temps perdu. Clémence, c?est un petit peu la Duchesse de Guermantes : cultivée et intelligente, elle ne trouve un certain plaisir à utiliser ces qualités que dans des conversations frivoles et futiles. C?est en ce sens qu?il est convenu de la considérer comme spirituelle. En fait, elle vendrait sans hésitation son âme au Diable pour un « bon mot ».  Finalement, Clémence est un être excessif et ceci empêche de la considérer comme une femme sage. Son petit pamphlet anti-gens en est la preuve. Elle est même en permanence dans l?excès : complètement indifférentes aux questions sérieuses de ce monde, elle déploie sa sensibilité sur les petites choses qui colorent et parfument le courant d?air qui tous les jours ébouriffe les corps encore vivants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            En ce moment, Clémence est avec Francisco l?ami de toujours, l?auteur de la métaphore reptilienne.  Ce dernier est venu avec Stéphane qui prend plaisir à venir de temps en temps se mêler aux deux amis. Evidemment, le vague espoir de pouvoir embrasser[3]  Clémence n?est pas complètement étranger à sa présence. Clémence est nécessairement une femme attirante mais qui, pour le malheur de beaucoup, est satisfaite de se savoir aimée ou plus précisément admirée. Elle aime collectionner le regard, le geste, la parole où l?autre se sera implicitement déclaré. Devenu vassal, les hommes ne peuvent plus prétendre la conquérir. Ce trait psychologique simple n?a pas échappé à Stéphane ce qui ne l?a pas empêché ni de se soumettre ni même de garder secrètement espoir. Comme tout amoureux, Stéphane est à la fois plus clairvoyant et complètement aveugle. Plus précisément, on pourrait développer cet état de fait tendrement paradoxal par un exemple emprunté aux contes et légendes qui, bien que d?un lyrisme démesuré, sont une source inépuisable d?apprentissage des ressorts de l?amour. Ainsi, Merlin et Mélusine (?) peuvent résumer correctement une partie de la condition amoureuse. Merlin connaît son avenir : il sait qu?un jour il rencontrera une sorcière dont il tombera amoureux et à qui il dévoilera tous ces secrets notamment celui qui permet de le vaincre et quand il rencontre effectivement Mélusine, il sait qu?il tombe amoureux de celle qui va le faire disparaître de cette terre où il est présent depuis si longtemps. La suite est le plus beau passage de la légende de la table ronde : Merlin ne peut empêcher son propre destin de s?accomplir et sa mort de se réaliser. De même, l?amoureux éconduit est celui qui connaît dès le départ son sort et qui pourtant ne peut que s?y soumettre. L?homme est un être qui toujours espère. C?est certainement dans ce sens qu?il faut comprendre le lieu commun selon lequel les hommes sont si tristement prévisibles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            En ce moment, Clémence est donc avec Francisco, l?ami de toujours et Stéphane, l?ami de passage.  Est-elle toujours à cette époque dans son appartement du 1*  Rue Monsieur le Prince ou a-t-elle déjà déménagée place Sainte-Catherine ? Je dois avouer que je ne le sais pas. De la rue Monsieur le Prince, il n?y a pas grand chose à dire : je l?emprunte souvent et je ne l?apprécie guère. Quant à la place Sainte-Catherine, je ne la connaissais pas. Aussi, quand j?ai appris que Clémence y avait vécu, j?ai décidé de m?y rendre. J?y suis allé lors d?un après midi déjà gris, peu avant la pluie. Cette place sombre m?a immédiatement fait penser aux quartiers nord de Venise et à l?ancien ghetto juif, le seul endroit sans marbre et sans églises de la ville mais bien le plus mystérieux. Une petite cour pavée avec un unique arbre à gauche et un unique troquet à droite. Des murs simples et sales, devenus gris. Ce n?est pas un endroit où l?on arrive mais un endroit sur lequel on tombe. Seul le puit des places obscures du ghetto manquait peut être. Ce jour là à Venise, il y avait du brouillard et puis aussi un après midi déjà gris, un après de mélancolie, c?était peu avant que le vent se lève.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Clémence parle, Francisco écoute, Stéphane regarde. Clémence parle des pharmakoïs, des thaumaturges, et d?autres choses. Elle parle d?Olivier déguisé en centurion romain lors d?une fête déjà lointaine et de Jimmy Z. qui veut construire une maison plus grande à l?intérieur qu?à l?extérieur : Clémence parle de choses troublantes car la première est hautement burlesque, la seconde évidemment impossible. Clémence parle, elle parle de la mort de celui qui mort parce qu?il s?est cru mort. Clémence parle et quand elle parle, elle est d?une sensualité irréelle. Francisco écoute et réfléchit. Francisco réfléchit généralement pour lui même : il ne livre que très rarement les divagations que les paroles de Clémence lui inspire. Et si en ce moment, il sourie légèrement c?est parce qu?il vient de se rappeler que Roland Barthes faisait du Banquet platonicien un simple potin ie. - nous parlons entre nous des autres.  « Clémence potine.». Voilà ce que Francisco pense en ce moment. Mais cette fois-ci, il s?est décidé à parler :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      -    « C?est la mort, mode d?emploi, ton histoire. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-         « Hein, ah oui... Hum. Stéphane, tu n?es pas agacé par le fait que Francisco cherche systématiquement à montrer qu?il tout lu. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-         « Hein? moi? ah? je ne sais pas? c?est pas simple, tu sais? » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment Stéphane pourrait-il répondre ? Il n?écoute pas, il regarde. Il regarde Clémence et il ne peut rien dire ni rien entendre car Clémence est un corps qui parle. Son corps s?anime sous ses mots, il récite, il parle avec eux. Lorsqu?ils sortent, les mots plissent la bouche, se déversent à travers les rainures des lèvres dont ils accentuent le relief, tombent sur les seins,  remontent sur les cheveux pour éclater en petites bulles au dessus de la tête et retomber enfin sur les jambes nues dont les ombres qui les habillent sont, l?espace d?un instant, déchirées par la chute du liquide. L?espace d?un instant, les carrés d?ombre descendent sur les pieds, allongent les jambes pour revenir à leur place initiale, cassant la rondeur des cuisses découvertes par la robe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-         « Mais si tu sais Stéphane. Francisco est un horrible snob, un petit Casanova. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-         « Bon, Casa il va s?évader pour aller acheter du vin. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-         « Mais je n?ai pas fini. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-         « A mon avis, je serai rentré à temps pour la suite. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Francisco vient de claquer la porte et on l?entend encore siffler alors qu?il commence à descendre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        - « Euh? Clémence, pendant que Francisco est parti, tu peux raconter une nouvelle fois ton histoire sur la mort de celui qui est mort,  enfin je sais plus. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Remercions ici l?amour qui rend sourd car il nous offre la possibilité d?entendre le récit de la quasi-véridique et très distrayante histoire que voici.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mort de celui qui est mort de s?être cru mort

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Clémence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Revu, corrigé et augmenté par Tristan T****, narrateur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«  [?] Le Vietnam, le Laos et la Cambodge sont trois pays étranges car ce sont des lieux bicolores. Ces deux couleurs, loin de réduire l?enchantement visuel, le multiplie car leur infinis nuances et déclinaisons, en déroulant leur charmes par de chaudes caresses tressées autour des yeux humides, scellent rapidement le tremblement des paupières causé initialement par tant de couleurs inconnues bourdonnant dans les vapeurs de la chaleur cotonneuse des tropiques. Marron doré des peaux, marron cendré des yeux, marron boueux des eaux, marron plissé des buffles, marron tacheté des lianes, marron moutonnant comme l?écume quand la terre est lavée par la pluie et que la poussière est soulevée par les pas? vert reflet des baies, vert communistes des uniformes, vert léger des rizières, vert étouffant des forêts, vert-grisé des champs de pavot, vert-marron des serpents rampant sous l?écorce marron-verte de la couche des feuilles à moitié mortes, vert tremblant, ciselé et strié de la feuille de menthe déposée sur le pho [?]. » 

 

 

 

Extrait de « L?atlas des couleurs », ouvrage non publié et non achevé de Pierre DE BEHAINE.

 

 

 

Cet « Atlas des couleurs », dont l?auteur avait indiqué le titre au crayon de papier sur la première page d?un cahier de 250 pages à moitié terminé, fut à peu près la seule chose que l?on retrouva sur le corps de Pierre DE BEHAINE. Ce dernier fut découvert pour la première fois par une jeune bergère du villag

Publié dans littérature

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